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Alain - Le premier Propos d'un Normand (16 février 1906)

Edité par Jean-Marie Allaire, Robert Bourgne et Pierre Zachary

Accueil - Oeuvres Les propos d'un Normand Le Propos 1 - Présentation historique - Histoire du texte - Commander

Rappels historiques

Janvier

07 - Succès de la coalition ministérielle aux élections sénatoriales.
15 - Réflexions sur la violence de Georges Sorel (dans la revue Le Mouvement socialiste).
16 - Ouverture de la conférence internationale d'Algésiras sur le Maroc.
17 - Élection d'Armand Fallières, candidat des gauches, à la présidence de la République.
25 - Élection de Maurice Barrès à l'Académie française.

Février

1er-2 Début des Inventaires à Paris et premières échauffourées.
10 -Lancement en Angleterre du plus gros cuirassé du monde, le "Dreadnought".
11 - Encyclique Vehementer nos du pape Pie X condamnant la Séparation des Églises et de l'État.
12 - Affichage d'un manifeste antimilitariste.
15 - Interpellation du ministère Rouvier à la Chambre des députés sur le contrôle des compagnies d'assurances.
24 - Vote par la Chambre des députés du projet de loi sur les Retraites ouvrières.
25 - Sacre par le pape Pie X de quatorze nouveaux évêques.
27 - Grave échauffourée liée aux Inventaires en Haute-Loire. Vote par la Chambre des députés du rétablissement du privilège des bouilleurs de cru.

Propos 1 *

 

Alain est professeur au lycée Condorcet (où il a été nommé en janvier 1903) : "Je traîne des copies avec moi sans en trouver la fin !" (à Marie Morre-Lambelin).

Il continue à collaborer à l'Université Populaire.

Il écrit ses derniers Propos du lundi pour la Dépêche de Rouen et de Normandie sur :

1er janvier : le procès des antimilitaristes.
8 janvier : les thèses anti-patriotes.
15 janvier : "un orateur".
22 janvier : le Président de la République.
29 janvier : l'élection de MM. Ribot et Barrès à l'Académie française.
5 février : les batailles dont l'inventaire des biens d'Église a été l'occasion.
"Je viens d'écrire des Propos en ton honneur ; ils sont un peu durs. Passeront-ils ? Je ne sais." (à Marie Morre-Lambelin).

*1 - LES RÉPÉTITEURS
" Cérès "

Première publication : DRN, vendredi 16 février 1906.
Recueil : Pr II., 1, p. 3. - Fac-similé de ce premier "Propos d'un normand", de même que la manchette du quotidien, dans les Propos de Littérature, Club du Meilleur Livre, Collection "Essais", 1954, annexes documentaires.

* Les maîtres répétiteurs étaient les surveillants des études et de l'internat. Mais, dans les années qui suivirent 1906, leur condition s'améliora considérablement. Ceux d'entre eux qui étaient licenciés, devenus très nombreux, pourront devenir professeurs-adjoints et enseigner. Et tous, licenciés ou non, vont être déchargés de la responsabilité des dortoirs, confiée à un personnel moins qualifié : les surveillants d'internat.

La Chambre s'est récemment déclarée l'amie des maîtres répétiteurs ; elle ne pouvait faire autrement ; c'est un terrible métier que le métier de répétiteur. Nous ne l'aurions pas inventé ; nous l'avons reçu tout fait des mains des congréganistes ; le métier porte leur marque : il immole l'individu à l'ordre.

Il faudrait seulement bien regarder afin de découvrir le véritable mal ; car le répétiteur n'est qu'un fruit de l'internat ; c'est l'internat qui est le mal, et il nous vient des congréganistes aussi (1).

Tant que vous n'aurez pas supprimé l'internat, il vous faudra des répétiteurs. Et si vous débarrassez le répétiteur d'une partie de sa tâche, il faudra bien confier cette tâche à d'autres. Il est vrai que vous ne les appellerez pas répétiteurs ; comme d'autre part les répétiteurs seront dénommés professeurs adjoints, le ministre pourra dire bientôt : il n'y a plus de répétiteurs.

Mais il y aura tout de même de malheureux surveillants qui coucheront au dortoir, et de malheureux enfants qui coucheront au dortoir. Et cela durera autant que l'internat.

Ce qui m'inquiète, c'est que l'internat est officiellement condamné depuis 1890 (2). S'il a duré malgré cela, il durera encore longtemps.

16 février 1906

1. Il est vrai que les congréganistes, notamment les Jésuites pour les garçons, ont beaucoup contribué à développer l'internat et sa discipline conventuelle du XVIe au XVIIIe siècle. Mais quand la Révolution a voulu créer les "écoles centrales", qui étaient seulement des externats, le problème du logement des élèves des bourgs et des campagnes s'avéra très vite insurmontable. Néanmoins, au début du XXe siècle, l'externat tendait à devenir la règle dans l'enseignement secondaire public.

2. En principe l'internat avait été condamné par un rapport ministériel comme "régime d'autorité" de "type militaire", alors que le lycée devait être "une école d'autonomie pour les volontés". En fait, il était impossible de le supprimer (cf. la note [1]) à cause de l'importance de la population rurale. Et en outre, l'arrêté du 12 juin et la circulaire du 7 juillet 1896 n'apportèrent au régime de l'internat que des améliorations de détail, comme par exemple la permission de parler au réfectoire.