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  • Nouvel opus d’André Comte-Sponville : « J’ai cru que c’était un homme » Alain, les religions, la laïcité, l’antisémitisme

Quatrième de couverture, signée d’André Comte-Sponville :

« Alain, philosophe athée, s’intéressait passionnément aux religions. C’est qu’il y voyait comme des miroirs, où l’humanité se projette et se reconnaît. Aussi en parle-t-il avec empathie et profondeur » : je n’ai rien lu de plus beau sur les religions de la nature (« Pan »), de l’homme (« Jupiter ») ou de l’esprit (judaïsme, christianisme). Et rien de plus juste, sur la laïcité. Mais comment celui qui écrivait qu’« il n’est permis d’adorer que l’homme » put-il il tomber - tout en se le reprochant - dans l’antisémitisme que révèle son journal inédit ? C’est ce que j’ai voulu essayer de comprendre. »

Pierre Heudier, vice-président de l’Association des Amis d’Alain , salue cette parution :

Le récent livre d’André Comte-Sponville, Alain, les religions, la laïcité, l’antisémitisme est en fait une version légèrement modifiée de la superbe conférence donnée à Mortagne en octobre 2018. Il vient enrichir la série des si belles études que l’auteur a déjà consacrées au philosophe : « L’éternel absent » (L’existence et l’esprit selon Alain), « Noblesse oblige » (la philosophie morale d’Alain), « Le philosophe contre les pouvoirs » (la philosophie politique d’Alain), « Le Dieu et l’idole » (Alain et Simone Weil face à Spinoza), études qui ont pris place dans le volume Du tragique au matérialisme et retour, PUF, 2015). C’est certainement la présentation récente la plus pertinente et la plus claire du rapport d’Alain aux religions.

Mais le dernier chapitre, sur l’antisémitisme, pose problème. Il s’agit évidemment pour l’auteur de commenter les quelques lignes auxquelles certains ont voulu réduire le Journal inédit d’Alain (Les Équateurs, 2018). André Comte-Sponville avoue d’ailleurs honnêtement « (qu’il ne l’a) pas lu en entier, loin s’en faut » ((p 95) et qu’à l’aide d’un moteur de recherche il a repéré les passages contenant le mot « juif(s) ».
Conséquence : il est passé (comme Michel Onfray) à côté des formules qui montrent très clairement que si Alain se débat avec des pulsions antisémites (dont, rappelons-le sans cesse, on ne trouvera trace nulle part dans ses œuvres ou sa correspondance) il les condamne avec force :
« Heureusement l’antisémitisme va finir et mettre fin à tous ces exils sinistres. Il est malheureux pour moi que j’aie eu un peu d’indulgence pour cette cruelle folie. » (ALAIN, Journal inédit,1943, p 553).
« A mes yeux l’égalité est comme un air qu’on respire. Il y a une énorme injustice si l’on met seulement en doute l’égalité des droits. À la pensée qu’un Juif n’a pas tous les droits, il faut bondir. Il fallait, contre Hitler, un parti pris aussi fort que le sien. » (ALAIN, Journal inédit, 1947, p 706)

Une réédition de l’ouvrage permettra peut-être à l’auteur d’apporter les nuances qui s’imposent à un chapitre qui finalement ne représente que quelques pages dans un livre remarquable.
Pierre Heudier

André Comte-Sponville : « J’ai cru que c’était un homme » Alain, les religions, la laïcité, l’antisémitisme, (Carnets de L’Herne, 115 pages, 8 euros)