> Espace Alain > Etudes sur Alain > La pensée politique d’Alain par Jérôme Perrier

Dans la même rubrique

  • La pensée politique d’Alain par Jérôme Perrier

La pensée politique d’Alain par Jérôme Perrier
Editions Les belles lettres - Sortie en librairie le 18 octobre 2017 - 26 euros

Se définissant comme radical, Alain n’a jamais été un militant du parti de la rue de Valois mais concevait d’abord le radicalisme comme la concrétisation des idéaux démocratiques qui étaient les siens, et dont les fondements laïcs et libéraux étaient les suivants : respect du suffrage universel (et secret du vote) ; stricte égalité devant la loi ; entière liberté d’expression ; pluralisme religieux et idéologique ; neutralité spirituelle de l’État laïc ; défense intransigeante de l’individu face aux pouvoirs et aux différentes figures du Léviathan moderne que sont l’État tentaculaire et la société holiste.

Au fil de ses Propos, Alain déploie une pensée politique beaucoup plus originale qu’on ne le pense généralement, développant la conception de la démocratie libérale la plus élaborée depuis Benjamin Constant. Une conception qui renonce à l’exaltation de la Volonté Générale (rousseauiste) pour l’affirmation d’un contrôle permanent des gouvernants par les gouvernés.

La politique positive qu’il juge seule compatible avec la liberté et l’égalité des citoyens est bien une politique délibérément mesurée, modeste, et même terre à terre. « Point d’utopies. Point de système abstrait. Que chacun considère donc son intérêt, au lieu de s’embarquer dans la politique générale », écrit l’auteur des Propos sur le Bonheur, pour qui « la France heureuse et tranquille, c’est une somme de citoyens heureux et tranquilles, et rien de plus ». Les passions et les idéologies portent aux extrêmes, et c’est pourquoi elles sont amies de la tyrannie. Les intérêts composent et s’équilibrent ; c’est pourquoi ils sont la meilleure garantie d’un gouvernement modéré.

La défense intransigeante des droits de l’individu par Alain, et sa conception très originale de la démocratie libérale retrouvent chaque jour une jeunesse plus éclatante, dans le contexte de la mondialisation contemporaine, fait de remise en cause croissante de la souveraineté nationale et de crise généralisée de la représentation.

Jérôme Perrier, normalien, agrégé et docteur en histoire de l’IEP de Paris, est professeur au lycée Alexandre Dumas de Saint-Cloud. Il a aussi enseigné à Sciences Po Paris et à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines.