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  • Alain, mode d’emploi

Il y a beaucoup d’affirmations à l’emporte-pièce chez Alain. C’est pour lui un procédé pédagogique, dont la fonction est de réveiller, de provoquer : susciter la réaction, voire faire naître chez le lecteur l’idée contraire.

Cette volonté est le prolongement de sa devise « Penser c’est dire non ». Quitte à penser contre lui-même : « Une idée que j’ai il faut que je la nie, c’est ma manière de l’essayer. »

Le propos du 28 décembre 1909 évoque cette disposition :

Je sais que les hommes sérieux ne supportent pas Platon, parce qu’il saute d’un sujet à l’autre, et démolit souvent ce qu’il a prouvé, comme s’il voulait jouer avec des mots. Mais je passe aisément là-dessus, parce que je n’en lis jamais deux ou trois pages sans recevoir d’un côté ou de l’autre, soit de Socrate, soit de l’adversaire, quelque flèche qui se plante soudain justement là où je ne l’attendais point, d’où mille réflexions imprévues.

D’où j’ai pris le goût d’essayer, à mon tour, de lancer quelques flèches sur les passants, simplement pour qu’ils lèvent leur nez au-dessus de leur route, au lieu de courir en aboyant après une seule chose, comme des chiens qui suivraient une piste. Ce qu’ils verront en levant le nez, je n’en sais rien ; car les hommes voient sans doute tous le même monde, mais non pas du même point. L’essentiel est qu’ils lèvent le nez.