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  • Echos du colloque du samedi 20 avril 2013 sur Alain, la guerre et la paix
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Les Amis de Jaurès, représentés par Vincent Duclert, ont éclairé les mouvements qui ont travaillé la France dans les années qui ont précédé la première guerre mondiale, notamment en évoquant l’amitié entre Alain et Elie Halévy. En désaccord sur la conception du pacifisme, les deux amis ont su rester en contact, s’enrichissant mutuellement de leurs échanges.

Dans le cas de Giono, la rencontre s’est faite à la fois autour de l’expérience de la Grande Guerre et autour du rapprochement entre Alain et Giono de 1937 à 1939. André-Alain Morello est revenu avec précision sur le pacifisme de l’entre-deux guerres.

Thierry Leterre a pointé le renversement des conceptions du ’’courage guerrier’’ en 14-18. Les massacres mécaniques rendent contreproductives les vertus guerrières telles que l’héroïsme ou l’audace. Les soldats au front savent qu’il s’agit surtout d’essayer de sauver sa peau. Le courage, c’est être prudent.

Le général Jean Cot, ancien commandant de la FORPRONU dans les Balkans, a souligné son intérêt pour la pensée d’Alain sur la guerre - en particulier ’’obéir de corps mais résister d’esprit’’ - et a conclu sur un pari sur la paix, déjà perceptible par les progrès de la démocratie dans les décennies précédentes. « Faire la paix, expression juste et forte. » (Alain)


Editorial de Thierry Leterre

Alors que se préparent les commémorations du 100ème anniversaire du début de la première guerre mondiale, un tel sujet évoque naturellement l’un des points les plus importants de l’œuvre mais aussi de la vie d’Alain. Elle renvoie surtout à l’un des plus importants événements du 20ème siècle. Alain avait pressenti que la violence dont il avait été témoin en tant que combattant portait d’autres orages encore plus violents. Un type de massacre inédit, l’engagement des peuples jusqu’à l’épuisement, la soumission à la brutalité du commandement militaire, et en fin de compte un traité qui était à peine un traité de paix, tout cela promettait le pire.

En même temps, Alain constatait que l’expérience de la guerre avait engendré un sens de la fraternité qui débordait les frontières. Il espérait donc que la voix de la raison, recouverte en 1914, aurait ses chances dans l’avenir. Il ne fit pas qu’espérer. Il s’engagea résolument dans l’action contre la guerre, ce que l’on nomme le « pacifisme », quoiqu’Alain se soit toujours montré réticent à être catalogué de manière simpliste.

Cette action à tous risques a suscité bien des critiques, et bien des malentendus, dont certains ne sont pas candides. On s’étonne légitimement que l’antifasciste déclaré se soit montré parfois – mais non toujours – si faible dans son jugement sur la politique extérieure de Hitler. On oublie aussi que le jugement de bien des hommes et des femmes de sa génération a été obscurci par le souvenir du « bourrage de crâne » ce qui rendit difficile de séparer l’information de la propagande.

Il n’en reste pas moins qu’Alain s’est battu à la guerre et battu pour la paix. Cette question n’est pas un problème d’histoire, mais une question d’actualité. Il est bon de se la poser encore.

Thierry Leterre

Président de l’Association des Amis d’Alain