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  • Alain : le fou de République
    Chronique de Philippe Petit, Marianne2,

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http://www.marianne2.fr/philippepetit/Alain-le-fou-de-Republique_a66.html

[Alain] assigne à la politique la même fin que celle qu’il assigne à l’éducation : la culture de l’esprit libre. Il fustige les cyniques, dédaigne les autoritaires. Pour lui de Gaulle a l’autorité d’un millitaire, et il se moque du parti des propriétaires. Il n’est pas socialiste, il n’est pas communiste, il est un radical pur jus. Qu’est-ce qu’un radical ? C’est un fou de République, un élitiste, qui pense que la fraternité vraie trouve sa justification dans le pari de considérer tout homme comme un semblable : « si je veux instruire un ouvrier, je n’ai pas le droit de lui épargner les démonstrations difficiles ». Pas le droit, cela signifie qu’il faut traiter l’homme en homme, « même s’il n’en est pas digne ». La République n’est possible qu’à cette condition. Sans cette reconnaissance mutuelle, elle n’est qu’un catéchisme, un mot vide, elle n’a pas de sens. D’où cette formule un peu alambiquée : « l’esprit républicain repose sur le sentiment d’un individu pour d’autres individus, qu’il souhaite aussi résistants, aussi individus que lui-même ».