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  • Georges Canguilhem — Réflexions sur la création artistique selon Alain
    Revue de métaphysique et de morale (1952)
Ces « Réflexions sur la création artistique selon Alain », ont paru à l’origine dans la Revue de métaphysique et de morale (1952), puis dans les Cahiers philosophiques (1996), et, finalement dans un hors-série de cette même revue (2008).

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Voir l’article des Cahiers philosophiques :

- http://www.cndp.fr/archivage/valid/135422/135422-17251-22368.pdf

(...)Alain pense comme Socrate et Platon, que ce que les artisans et les artistes disent d’eux-mêmes et de leurs pouvoirs est sans portée, mais cette affirmation est coupée, chez lui, de ce qui la supporte chez Platon, car, précisément, ce en quoi l’artiste se trompe, c’est sa croyance à un pouvoir de contemplation, imaginaire et préalable, de l’oeuvre qu’il veut réaliser. « L’art n’a pas pour fin d’exprimer une idée. » « La conception d’un modèle préexistant, à la manière d’un fantôme, et traduit par l’exécution, est elle-même imaginaire. Il y a de l’imaginaire dans l’imagination. » Il convient donc d’être sévère pour les confidences autobiographiques et de « ne pas juger de l’artiste puissant, qui ne parle guère, par l’artiste ambitieux et égaré, qui parle, au contraire, beaucoup ». « Aucune conception n’est oeuvre, aucune rêverie n’est oeuvre, aucun possible n’est beau. » Dans le même sens, Malraux écrit : « La relation entre les théories et les oeuvres appartient souvent à la comédie de l’esprit. Les artistes mettent en théorie ce qu’ils voudraient faire, mais font ce qu’ils peuvent. »

Le paradoxe fondamental de l’esthétique d’Alain, c’est donc que les oeuvres de l’art sont des choses dont seules le manque d’imagination, l’impuissance à contempler avant de rêver sont responsables : « Si le pouvoir d’exécuter n’allait pas beaucoup plus loin que le pouvoir de penser ou de rêver, il n’y aurait point d’artistes. » « C’est parce que l’imagination est incapable de créer dans l’esprit seulement, c’est pour cela qu’il y a des Beaux-Arts. » Selon une telle conception, s’il y a un artiste suprême, créateur du monde, c’est par manque d’imagination qu’il l’aurait créé. C’est pour savoir ce que serait un monde qu’il faudrait créer un monde, puisqu’il est impossible de le savoir avant de l’avoir fait. Bien entendu, c’est toujours là de l’anthropomorphisme. Mais anthropomorphisme pour anthropomorphisme, autant choisir celui qui est le plus fidèle à la situation humaine. En tout état de cause, le rapport de créateur à créature se comprend mieux dans une philosophie existentialiste que dans une philosophie essentialiste. Le créateur vaut mieux toujours que sa créature, il la dépasse. L’ouvrier vaut mieux que l’oeuvre. Il y a plus dans la cause que dans l’effet. Mais l’inégalité de la créature au créateur peut être interprétée soit comme l’impossibilité d’adéquation de l’exécution à l’intention, soit comme la multiplication du pouvoir de création par la création même. C’est de la création et par la créature que naît le pouvoir créateur. Le créateur se surprend lui-même, se découvre supérieur à lui-même, mais seulement après l’oeuvre.

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