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  • Mikel Dufrenne (entretien avec Georges Charbonnier)
    Réécouté sur « Philofil » le 19 avril 2006
Mikel Dufrenne (1910-1995) a été un des grands noms de la philosophie esthétique en France. Il revient ici sur la figure d’Alain qu’il a eu comme professeur à Henri IV entre 1926 et 1929.

Mikel Dufrenne

— J’ai connu Alain quand je préparais l’Ecole normale pendant les années 1926 à 1929.

Georges Charbonnier

— Il vous reste quelle image ?

Mikel Dufrenne

— Avant tout l’image du professeur, qui était incomparable, et qui vraiment nous a tous initiés non seulement à la philosophie, mais à la culture, et aussi bien aux Lettres et aux prémisses des sciences qu’à la philosophie proprement dite. Evidemment, ces souvenirs s’estompent, bien qu’il me soient restés très vivants et très chers, et l’Alain que j’évoque maintenant c’est celui que de temps en temps je relis, au contact de ses œuvres.

Georges Charbonnier

— Alors, est-ce que je peux dire « le philosophe Alain » ? Est-ce que le mot philosophe s’applique à Alain comme nous l’appliquerions maintenant, disons, à Heidegger, par exemple ?

Mikel Dufrenne

— Je le crois tout à fait. Je sais que beaucoup, et même parmi ses fidèles, en tout cas parmi ceux qui l’ont connu, beaucoup contestent maintenant qu’il ait place dans la galerie des philosophes. Pour ma part, et précisément à lire des textes comme Les Dieux, Les Entretiens au bord de la mer, Le Système des beaux-arts, les Idées et les âges, Sentiments, passions et signes, je suis convaincu que l’œuvre d’Alain, quel que soit le tour qu’elle prenne, quelle que soit son apparente désinvolture, quelle que soit sa façon de terminer par une pirouette quelquefois, l’œuvre d’Alain est celle d’un philosophe authentique. »