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  • Une terreur muette

Une falaise calcaire, habillée de lilas, d’aubépines, de rosiers muscats, d’hysopes, de marjolaine. Des cavernes qui servent de granges et d’étables ; des maisons et une route suspendues au niveau des sources ; une église au sommet ; de rudes gens, et qui vivent longtemps ; de belles filles et de bonnes vieilles ; du bon sens, et une égalité patriarcale. C’est un paradis.

Je fus frappé, après quelque temps, de voir que les filles y étaient poltronnes. Non point les fillettes, mais les filles au-dessus de seize ans. Et de quoi avoir peur ? Il ne passe pas un visage inconnu en quatre ans, dans ce pays écarté ; l’on n’y voit ni vols ni crimes. Il s’agit donc de loups-garous, de revenants, ou de quelque chose comme cela ? Non plus. Ils n’ont point tant d’imagination ; et, comme disait une vieille femme chargée de bois : « Les vivants sont à craindre, non les morts. » Après cela, quelque fille essoufflée vous contera peut-être des histoires de fantômes ou d’ombres. Méfiez-vous. Elle ment. Elle a peur des hommes et voilà tout.

Alain, début du Propos du 6 décembre 1910
Le texte entier de ce propos est reproduit dans la première rubrique ci-dessous