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Espace scolaires > Terminales > Notions > L'obligation et la contrainte. La nature. La liberté

Propos d'un normand, 7 septembre 1913

Texte Commentaire

L'indépendance n'est point dans la nature brute ; un lion dépend de tout. Et c'est l'erreur des anarchistes, erreur démesurée, de croire que l'indépendance résulterait de l'absence d'obligations. On confond ici obligation et contrainte ; la contrainte est insupportable ; mais en posant l'obligation, on tend à supprimer toute contrainte ; et l'indépendance résulte des devoirs que l'on se donne afin de dominer les contraintes.

(…) Qu'est-ce donc que l'Indépendance ? Elle a deux aspects principaux. Au dedans même de la Nation, elle est volonté de vivre, c'est-à-dire santé, et vraie force. Et ici je rencontre cette autre erreur de beaucoup de socialistes, que la force défensive doit être distincte de la force interne qui assure l'ordre ; dans le vrai la même force organisée devrait être en même temps armée et police. Être indépendant, c'est se posséder ; ce n'est pas être plus fort que tout ; c'est traduire toute sa vie en force. Et c'est là que nous irons, si ce peuple achève ses pensées.

Le second aspect de l'indépendance, c'est l'affirmation du droit. Je pense aux droits des autres, autant pour moi que pour eux ; et ma justice n'est jamais prudence. Imprudence, au contraire ; la seule chose qui soit bien humaine. Ma sûreté d'homme vient de justice ; et c'est une très belle chose quand on pense que chacun de nous, si faible et si désarmé devant le premier fou furieux qui l'assommera par derrière, est d'abord attentif à ne pas léser les autres ; dites que c'est timidité ; mais, pour moi, c'est une belle audace. Au reste, cette dignité des nations se montre déjà dans les faits ; elle ne manque que dans les discours.

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