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Lettres à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant, VII

C'est seulement quand on considère la morale que l'on reconnaît que, s'il n'y a de liberté nulle part, il n'y a non plus de moralité nulle part ; car toute vertu suppose l'impératif catégorique, comme dans le cas du tyran, où il n'y a point de si. Il faut ! C'est bien autre chose. Et me voilà accablé d'une dignité dont je ne me croyais pas capable. Il le faut, pourtant ; il faut ne pas livrer le secret confié ; il faut rendre le bien mal acquis. Balzac a exprimé deux fois ce cas de conscience, dans l'Interdiction et dans Madame Firmiani ; ce qui prouve qu'il est ordinaire, et dans les possibilités de la vie. Il faut ! Il faut ! Ce refrain retentit dans la conscience de l'honnête homme, qui n'en est pas plus fier, mais en est au contraire plus indulgent, et qui conserve l'amitié dans le drame, ce qui est la consolation des simples. Il faut arriver à comprendre cette société, si médiocre toujours, si effrayante quelquefois par les effets. Pour moi je pense alors à Lagneau, si résolu à accepter toutes les conséquences de la charité laïque ; aussi à Jules Lachelier, si permanent en lui-même et si paisible à sa messe du matin . Il n'avait pas peur d'être homme ; il n'avait pas peur d'une complicité dans l'injustice, qui suit l'homme comme son ombre. Tout est imparfait dans l'homme. Je ne vois que saint Augustin qui ait dit que nous sommes tous païens dans cette vie, et que c'est ici le purgatoire. La grande affaire est alors d'aller au paradis le plus vite. Aussi l'homme ne cherche pas à rester ici ; il espère la mort plus qu'il ne la craint. Et voilà la religion comme elle est. Toutefois la piété conseille de rester dans le poste où nous sommes, et elle conseille aussi de juger ce poste bon et agréable, autant qu'on peut. L'optimisme fait partie du devoir, en ce sens que c'est croire en Dieu. Le pessimisme est l'esprit du diable, qui ne cesse d'user de cette liberté qui lui est promise. Cela fait une opinion publique qui est celle des grands curés. C'est qu'ils ont beaucoup confessé et beaucoup modéré les passions d'autrui. D'où il suit que le salut de l'humanité est difficile, même pour Dieu. Voilà pourtant ce qui occupe les hommes, non pas tant de savoir s'ils seront sauvés, mais encore si Dieu triomphera, ou si le monde terrestre durera encore des siècles. Bossuet posait ainsi la question, expliquant au Grand Roi qu'il était responsable du salut de ses sujets.

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