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Espace scolaires > Terminales > Notions > La justice Le désir

Propos d'un Normand, 15 mai 1914.

 

Texte Commentaire

Lorsque je désire un petit coin de champ, qui fait enclave, dans mon domaine, ou qui m'empêche de clore comme je voudrais, l'autre a prise aussi sur mon désir ; il tire sur la corde. Je cède à la nécessité ; et j'ai peut-être l'idée que lui n'est pas juste, mais que, moi du moins, je le suis. Mais Platon, qui va toujours au vif de la chose, se moque de moi, parce que je veux appeler justice cette force du désir qui me rend esclave des autres et de moi-même. Il faut appeler, au contraire, injustice cette faiblesse d'esprit qui règle le prix du désir. Et quoique l'autre exerce bien visiblement le droit du plus fort, néanmoins la vraie figure de l'injustice m'est plutôt apparue lorsque j'ai regardé celui qui désire, qui flatte son désir jusqu'à la folie, qui déraisonne avec bonheur, et qui dit : " Je paierai ce qu'il faudra payer, mais je l'aurai. " Cette convulsion de tyrannie est plus laide que la force froide de l'autre.

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