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Libres Propos, 18 septembre 1930.

 

Texte Commentaire

Ce qui déplaît dans la justice, c'est qu'elle soit vraie. On lui permet d'être agréable, d'épargner le temps, de pacifier. On lui permet d'être célébrée et chantée ; mais comme volonté du Prince ; jusque-là tu iras, et non plus loin. Mais si elle est vraie, me voilà pauvre Prince à examiner tout de proche en proche, sans savoir jusqu'où ira la revendication ; elle n'est pas dehors et faisant plier la grosse porte ; non elle est entrée toute avec ce petit brin de vérité elle est de moi à moi. À la garde ! Et brûlez-moi toutes ces preuves ! Comme d'un procès où le Prince ne sait pas s'il ne trouvera pas le crime de son propre fils. Brûlez tout ! La situation des apôtres me paraît assez claire. Je ne crois point qu'ils disaient ou savaient tout le vrai ; et eux-mêmes pouvaient bien sentir que ce qu'ils pensaient était encore misérablement confus, incomplet, incohérent. Mais ils avaient reçu le coup terrible ; ils avaient entrevu que rien ne tiendrait contre le vrai, quel que fût le vrai ; ils avaient aperçu la somme de pensées agréables qu'il faudrait peut-être abandonner. Peut-être ! Ce grand doute les dépouillait déjà. Remettre tout en question. C'est se démettre de toute préfecture. C'est se soumettre à toute vérité mendiante. Comme un homme qui soumettrait ses gains à une révision impartiale des gains ; c'est tout donner. Ainsi les apôtres, soudain frappés de pensée, s'en allèrent mendiants. Ils manquaient d'expérience ; et la grande lumière n'éclairait plus rien. Il y a une vérité de l'ordre, une vérité des pouvoirs, un ajustement, une obéissance ; mais sans aucun tyran. C'est à chercher et à trouver. Telles sont les pénibles suites de cette première imprudence, penser.

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