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Libres Propos, 18 septembre 1930

Texte Commentaire

Je comprends Pilate. Quand il demandait, en bon préfet : " Qu'est-ce que la vérité? " c'est qu'il soupçonnait que Jésus pouvait bien avoir raison. Mais qui est-ce qui n'a pas raison ? Les vérités se battent ; il faut les accorder ; c'est très difficile. On ne peut pas gouverner des vérités, il faut les comprendre. Concevez-vous un préfet qui aurait charge de toutes les vérités, et de les ajuster selon leurs exigences ? Il n'est pas de tyran au monde qui aime la vérité. Non pas seulement parce que la vérité peut déplaire ; mais plutôt parce qu'il faudra lui donner désormais audience si on la laisse entrer une fois. La vérité n'obéit pas. Les nombres n'obéissent pas. Un homme qui a seulement connu un peu les nombres, il n'y pense pas comme il veut ; il ne peut plus être tyran ; quelque chose l'arrête, et c'est lui-même. Voilà un autre genre de doute, et qui est le pressentiment de vérités en foule, qui poussent la porte. " Vais-je pourtant croire, se dit Denys, que Platon me vaut bien ? " Et moi je dis : " Vais-je penser selon le vrai cette bonne femme qui me tire de l'eau à mon puits ? " Cette seule proposition enferme tout le droit de la bonne femme. Je ne sais même pas jusqu'où cela peut aller. Fermons la porte. On comprend que la meilleure conversation, au festin de Balthazar, soit de sceptiques ; car ils ferment la porte et jettent la clef dans le puits.

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