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Histoire de mes pensées, "Abstractions"

 

Texte Commentaire

Les gens de métier distinguent conscience psychologique et conscience morale. Sur quoi je remarquais d'abord que le mot psychologique n'est point du patrimoine, et qu'il est très inutile de s'en charger. Mais une autre remarque devait m'entraîner plus loin, c'est que le public comme les auteurs n'ont point coutume de dire conscience morale ; ils disent conscience, et tout est dit. Je devais donc m'arranger de cette belle sobriété, et j'y trouvai une idée brillante à l'abord, et de grande portée à suivre. Car toute conscience est d'ordre moral, puisqu'elle oppose toujours ce qui devrait être à ce qui est. Et même dans la perception toute simple, ce qui nous réveille de la coutume c'est toujours une sorte de scandale, et une énergique résistance au simple fait. Toute connaissance, ainsi que je m'en aperçus, commence et se continue par des refus indignés, au nom même de l'honneur de penser. Car la conscience suppose une séparation de moi d'avec moi en même temps qu'une reprise de ce que l'on juge insuffisant, qu'il faut pourtant sauver. Toutes les apparences de la perception sont ainsi niées et conservées ; et c'est par cette opposition intime que l'on se réveille. D'où j'ai tiré tout courant que, sans la haute idée d'une mission de l'homme et sans le devoir de se redresser d'après un modèle, l'homme n'aurait pas plus de conscience que le chien ou la mouche. Ici s'élèvent, comme des mouches, des nuages d'objections, les mêmes que l'on oppose à l'animal-machine de Descartes. Et le lecteur devinera peut-être qu'à cette conception héroïque de la conscience se rattache encore l'impossibilité de l'inconscient, pris comme conscience subalterne, errante, et séparée.

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