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François Foulatier - Fragments d'une chaîne et Trame de la belle suivi de La méditation de Parménide

Edité par les soins de l'Association des Amis d'Alain, Paris, Institut Alain, 2004

Préambule

Huit jours avant la mort de François, mon mari, je lui dis qu'en cherchant des papiers administratifs j'étais tombée sur La Méditation de Parménide. Il en eut l'air très heureux.

Ce texte avait été composé en 1991, lors de sa convalescence, après une des graves opérations qu'il a subies. Il avait eu la chaude approbation du grand spécialiste de Parménide, Denis O'Brien, et avait essayé de le publier. Lorsque Robert Bourgne a parlé d'une plaquette à la mémoire de François, j'ai d'abord pensé à ce texte seul.

En mars 2004, j'ai trouvé en deux autres endroits le recueil complet intitulé Fragments d'une chaîne et trame de la belle suivi de La Méditation de Parménide. Je connaissais tous ces poèmes et leurs différentes versions. François avait commencé à écrire de la poésie à la suite de son premier infarctus, en 1975, un peu après que je m'y sois adonnée moi-même. Je ne me souviens plus à quel moment il a décidé de cet ensemble. C'était en tous cas après sa greffe rénale en 1992. Ces poèmes, il les a beaucoup repris, remaniés ; il en a ajouté quelques-uns jusqu'à très récemment, puisque le poème "Dans la douceur diffuse des ivresses révolues" date d'avril 2003, lorsqu'il a su que le lymphome qui était apparu en janvier était cancéreux. Il répondait à nouveau à un poème que je lui avais montré après un court séjour sur notre terrain du Vigan. Sa poésie est donc liée à des circonstances graves, mais elle les maîtrise et les transcende ; plus que "la réparation des choses", selon la définition de Francis Ponge, elle a été, autant que les traitements médicaux, la reconstruction et le maintien d'un être : absolument nécessaire.
Ces poèmes demeurent empreints d'une bien grande gravité, gravité dont François se gardait d'accabler son entourage, attentif à demeurer d'une grande disponibilité pour toutes sortes d'activités et le plus souvent avec beaucoup d'humour. Aussi ai-je demandé qu'on commence et qu'on termine la plaquette avec cet aspect plus léger, "sans rien qui pèse ou qui pose", auquel il tenait.


Renée Foulatier

"Quand Tristan fut devenu très vieux, il établit sa demeure sous le chêne.
"Il y fit dresser un fauteuil dont le dossier vertical offrait à son dos l'appui que requéraient ses pensées.
"Fini le temps des courses folles au galop des juments effrénées et du coeur qui bat la chamade de l'amour ou de l'insurrection, le temps venait de l'immobilité.
"Les pas comptés que son corps minutieux lui permettait encore, il en égrenait le rosaire entre le dossier du fauteuil et le tronc de l'arbre.
"En dépit de la rectitude sans âge de son dos et de sa nuque, il poursuivait des songes, assis dans son fauteuil, qui descendaient le cours de la vieillesse et s'écoulaient vers la mort.
"Il rêvait la vieillesse du monde et sa mort prochaine.

Contemplation (début)